Des Antilles à la Première Guerre mondiale :
Histoires du 2e Bataillon de construction et des soldats noirs
Docteur Hewburn Nathaniel Greenidge
(1893 – 1921):
Un lien entre plusieurs mondes

Biographie
Hewburn Greenidge est né le 1er novembre 1893 à Georgetown, en Guyane britannique (aujourd’hui Guyana). Ses origines familiales reflètent les liens entremêlés dans l’histoire des Caraïbes : ses deux parents, Joseph Daniel Greenidge et Ellen Beatrice (née Hope), étaient tous deux nés à la Barbade. Après l’abolition de l’esclavage sur l’île (1834-1838), de nombreux Afro-Caribéens sont partis à la recherche de nouvelles possibilités. On estime à 45 000 le nombre de Barbadiens ayant émigré en Guyane britannique entre 1835 et 1928. Les Greenidge faisaient partie de cette diaspora de familles noires ambitieuses de la classe moyenne qui aspiraient à s’élever socialement sous le régime colonial. Ils accordaient une grande importance à l’éducation et au travail acharné, et faisaient partie d’une nouvelle génération de gens d’affaires, que nous appelons aujourd’hui des entrepreneurs.
Aîné d’une fratrie de sept enfants, le jeune Hewburn Greenidge a été imprégné de cette éthique du dépassement de soi et de l’importance accordée à l’éducation. Dans les années 1890, deux de ses tantes maternelles avaient quitté la Barbade pour le Canada, et s’étaient installées à Winnipeg, au Manitoba. Ce lien précoce entre les Caraïbes et le Canada a posé les bases pour les enfants Greenidge. Les quatre aînés, dont Hewburn, ont été envoyés au Canada pour rejoindre leurs tantes et poursuivre des études supérieures. Une telle migration était rare mais significative ; Winnipeg — et les Prairies canadiennes en général — n’ont accueilli qu’une petite vague d’immigrants afro-caribéens au début des années 1900, souvent des personnes instruites ou des professionnels à la recherche de meilleurs débouchés.
En 1913, Hewburn, alors âgé de 19 ans, est arrivé à Winnipeg pour intégrer le Manitoba Medical College, la faculté de médecine de l’Université du Manitoba. À l’époque, cet établissement venait à peine de commencer à admettre des étudiants non blancs. En fait, Greenidge est devenu son premier étudiant noir en médecine, une distinction soulignée sur une photo de classe de 1915 qui désignait « le premier étudiant noir de l’université », le Dr Hewburn Greenidge, originaire de la « Guyane britannique », au milieu d’un groupe diversifié de camarades. Ses camarades de classe et ses professeurs le décrivaient comme un étudiant brillant et discipliné, plutôt un érudit discret qu’un militant, doté d’un bon sens de l’humour et d’une intense curiosité pour la science et la découverte. Il était connu pour son charme et son sang-froid et réussissait ses études même s’il évoluait dans un environnement où peu de gens lui ressemblaient.
Peu après que Hewburn a commencé ses études de médecine, la Première Guerre mondiale s’abat sur l’Europe et l’Empire britannique. En 1916, alors que la guerre en est à sa troisième année, il décide d’interrompre ses études et de s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien. Le 21 novembre 1916, Hewburn Greenidge rejoint le 2e Bataillon de construction, la plus grande unité militaire canadienne composée principalement de soldats noirs à servir pendant la Première Guerre mondiale.
Greenidge figure parmi les onze résidents noirs de Winnipeg à avoir servi au sein du 2e Bataillon de construction. Fort de six mois de service au sein du Corps d’entraînement des officiers universitaires et d’une formation en médecine, il aurait pu s’enrôler dans une unité médicale, mais le racisme a peut-être joué un rôle dans sa décision de ne pas suivre cette voie. Lors de sa visite médicale d’enrôlement, l’un des médecins aurait tenu à son égard des propos très racistes. Cela reflétait peut-être la manière dont certains membres du milieu médical de Winnipeg le traitaient.
En mars 1917, Hewburn quitte Halifax avec son bataillon à bord du SS Southland et arrive à Liverpool, en Angleterre. Deux mois plus tard, il est affecté au district du Jura du Corps forestier canadien, près de la frontière franco-suisse, avec 500 autres membres de l’unité. Greenidge y sert honorablement en tant que caporal. En France, de nombreux soldats de l’unité accomplissent des tâches spécialisées correspondant à leurs compétences civiles. Il est donc probable que Greenidge ait soigné les soldats du 2e Bataillon de construction dans le petit centre médical de l’unité.
Au milieu de l’année 1917, le gouvernement canadien craint que, compte tenu du grand nombre de médecins effectuant leur service militaire outre-mer, il n’y en a pas assez au Canada pour prendre en charge à la fois la population canadienne et le Corps expéditionnaire canadien. En conséquence, le 24 septembre 1917, la Milice autorise le retour au Canada de tous les étudiants en médecine et en dentisterie ayant suivi au moins une année de formation médicale afin qu’ils puissent poursuivre leurs études universitaires.
Le caporal Hewburn Greenidge figure parmi les 230 militaires en service à l’étranger qui sont rapatriés pour reprendre leurs études. Il arrive en Angleterre le 16 novembre 1917 et est de retour à Winnipeg dès le 7 février 1918. Il obtient officiellement sa démobilisation, afin de reprendre ses études de médecine, le 2 décembre 1917. Après plus d’un an en uniforme, Hewburn troque son treillis kaki contre une toge universitaire. Toutefois, son service pendant la guerre le marquera à jamais. Le fait d’avoir été témoin direct des ravages de la guerre et de la maladie élargit sa perspective et renforce son engagement envers la guérison. Greenidge retourne à l’université avec un sens renouvelé du devoir et une discipline forgée par la dure épreuve de la guerre.
De retour à l’Université du Manitoba, Hewburn Greenidge reprend ses études de médecine avec ardeur en 1918, et rattrape rapidement le temps perdu. En mai 1920, il termine le programme et obtient son diplôme de médecine (M.D.). Ce faisant, le Dr Greenidge devient le premier Noir à obtenir un diplôme de l’Université du Manitoba et, par conséquent, son premier ancien étudiant médecin noir. Un journal de l’époque souline cet exploit avec le titre « Un homme de couleur obtient son diplôme de médecine » dans le Manitoba Free Press.
Plutôt que de se lancer immédiatement dans la pratique privée, le Dr Greenidge suit une formation avancée afin d’approfondir ses compétences. D’après les témoignages de sa famille, il avait toujours été fasciné par le monde naturel et avait passé une partie de son enfance à accompagner les aînés autochtones dans les forêts tropicales de la Guyane britannique, où il s’était familiarisé avec la phytothérapie traditionnelle et les remèdes issus de la nature. Désireux de concilier ces savoirs traditionnels avec la science moderne, Hewburn se rend en Angleterre après avoir obtenu son diplôme. Vers 1920, il s’inscrit à la School of Tropical Medicine de Liverpool, l’un des principaux centres de recherche sur les maladies tropicales de l’époque. Là-bas, il étudie la pharmacologie et les maladies tropicales, se plongeant dans la chimie des plantes médicinales et la pathologie de maladies telles que le paludisme, les infections parasitaires et les fièvres endémiques des tropiques. Le Dr Greenidge est fasciné par la médecine et la science ; pour lui, c’est plus qu’une profession, c’est une vocation étroitement liée au service. Sa sœur cadette, Claudine, notera plus tard que Hewburn « avait un immense sens du devoir pour soulager la souffrance », ce qui le poussait à acquérir des connaissances qui pourraient bénéficier aux habitants de son pays d’origine qui n’avaient pas accès à la médecine moderne.
Après avoir passé environ un an en Angleterre à élargir ses horizons médicaux, le Dr Greenidge revient brièvement au Canada et exerce à Winnipeg en 1921. À cette époque, la famille Greenidge acquiert une certaine renommée et figure parmi les premières familles de Georgetown à posséder une automobile, symbole de prestige à l’époque. Pour Hewburn, cependant, le confort matériel ou une vie plus facile au Canada le séduit peu. Il se sent obligé de retourner chez lui, en Guyane britannique, pour mettre son expertise durement acquise au service de ceux qui en ont le plus besoin. Au milieu de l’année 1921, il repart pour Georgetown, officiellement pour rendre visite à ses parents, mais avec la ferme intention de servir ses compatriotes et de poursuivre ses recherches dans les régions de l’intérieur du pays.
De retour en Guyane britannique, le Dr Greenidge ne tarde pas à se lancer dans la lutte contre les défis en matière de santé publique. Au lieu de rester dans le confort relatif de Georgetown (la capitale), il décide de travailler dans les régions reculées de l’intérieur de la colonie. À cette époque, les communautés vivant dans la forêt tropicale et le long des cours d’eau de l’intérieur disposent de services médicaux très limités, souvent réduits à une clinique rudimentaire, voire rien du tout. Les maladies tropicales telles que le paludisme, la dysenterie et les infections parasitaires sévissent, et la médecine traditionnelle de brousse est la première – et unique – ligne de défense pour de nombreux autochtones et villageois d’ascendance africaine. Le Dr Greenidge voit un immense potentiel à associer sa formation scientifique aux remèdes traditionnels qu’il a découverts dans sa jeunesse. Il est convaincu que les forêts de Guyane recelaient des « réserves inexploitées » de plantes médicinales susceptibles d’apporter des remèdes aux maladies qui affligent non seulement les Guyanais, mais peut-être aussi le reste du monde. Fort à la fois d’un diplôme de médecine moderne et d’un profond respect pour les connaissances traditionnelles, il s’enfonce dans la brousse pour mener des recherches sur le terrain concernant les traitements à base de plantes et pour soigner les malades.
Travailler dans ces conditions pionnières s’avère une tâche ardue. Le Dr Greenidge parcourt souvent de longues distances en canoë et à pied pour rejoindre des hameaux isolés le long des cours d’eau. Selon la tradition familiale, il installe des laboratoires de fortune pour analyser des échantillons de plantes et des dispensaires improvisés pour soigner les patients atteints de fièvres tropicales. D’après les témoignages de sa famille et de ses collègues, il traite des maladies allant du paludisme à la pneumonie dans des villages qui n’ont jamais vu un médecin ayant suivi une formation officielle.
Malheureusement, le Dr Greenidge contracte une grave infection pendant son séjour dans l’arrière-pays, probablement à cause d’aliments ou d’eau contaminés dans les conditions difficiles du terrain. Les témoignages de l’époque sont rares, mais selon la tradition orale, il aurait souffert à la fois d’une maladie pulmonaire et d’une infection gastro-intestinale. À une époque où les antibiotiques n’existent pas encore, une telle infection est extrêmement difficile à soigner, même pour un médecin. Hewburn est ramené vers la côte et reçoit tous les soins médicaux disponibles, mais son état s’aggrave au fil des mois. Malgré ses propres connaissances et l’aide de ses collègues, le jeune médecin ne parvient pas à vaincre la maladie qu’il a probablement contractée dans l’exercice de ses fonctions.
Le 20 novembre 1921, le Dr Hewburn Greenidge meurt en Guyane britannique, à l’âge de 28 ans seulement. Il est inhumé dans cette région reculée qu’il était venu servir.
Census Records
The census is an institution that unites all Canadians. It is one of the main tools that the Canadian government uses to categorize and analyze people across the nation. However, census records do not always work in harmony with one another as each census is conducted by different people at different times, sometimes with new categories and standards for data collection. While there may be some issues with accuracy, these documents are a snapshot of the nation’s people. It is important to remember that these are historical documents influenced by the attitudes and norms of the day.
Documents complémentaires
Les chercheurs du Toronto Ward Museum ont consulté ces documents supplémentaires afin de compléter l’histoire d’Hewburn Nathaniel Greenidge. Certains documents ne concernent pas directement le soldat, mais ils permettent de mieux comprendre qui il était. Quelles autres sources d’information consulteriez-vous si vous souhaitiez en savoir plus ?
L’annuaire de l’association étudiante de l’Université du Manitoba, intitulé « Brown and Gold » (1920, vol. 1), est disponible dans les collections numériques de la bibliothèque de l’Université du Manitoba. Le portrait et la biographie de Hewburn Nathanial Greenidge se trouvent à la page 63

