Des Antilles à la Première Guerre mondiale :

Histoires du 2e Bataillon de construction et des soldats noirs

Caporal Albert Carty

(1879 – 1958) :

Une famille vouée au service militaire

Albert Carty (cropped), n. d. Image courtesy of Kathy Grant.
Albert Carty (cropped), n. d. Image courtesy of Kathy Grant.

Biographie

Albert Carty est né le 5 octobre 1879 à Saint-Martin, dans les Antilles néerlandaises. Albert a connu des épreuves dès son plus jeune âge, ayant perdu ses deux parents avant l’âge de 10 ans. Après leur décès, il embarqué à bord du voilier Lady Jane, commandé par son oncle, John George Brown. Ce premier voyage marque le début d’une carrière en mer et d’une passion pour les navires qui allait durera toute sa vie.

Le métier d’Albert sur les navires le fait voyager aux quatre coins du monde. Forgé par la mer agitée et les hommes rudes avec lesquels il navigue, il fini par s’installer dans le Canada atlantique, où il travaillé sous les ordres de capitaines originaires de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. En 1904, il travaille à bord du trois-mâts Alert, sous les ordres du capitaine James Calhoun, lorsque le navire fait escale à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. C’est là qu’il rencontre Fannie Tyler, une femme de la région, dont il tombe amoureux. Après plusieurs années passées en mer, Albert décide d’épouser Fannie et de s’installer à Saint-Jean.

Le couple se marie le 13 juin 1904 et fonde rapidement une famille. Malheureusement, seuls deux des quatre premiers enfants d’Albert et Fannie survivent à la petite enfance. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Albert accepte tous les emplois qu’il peut trouver. Des témoignages oraux le décrivent en train de charger et de décharger des navires au port et d’effectuer divers travaux manuels. En 1911, Albert travaille comme maçon. À cette époque, Albert, passionné de musique, se joint à la St. John Brass Band, une nouvelle fanfare entièrement composée de Noirs qui s’est fait connaître pour ses concerts, ses pique-niques et ses excursions en bateau-mouche au clair de lune.

En 1915, la fanfare a l’honneur de jouer lors de l’inauguration de l’Exposition de Fredericton. C’est sa dernière représentation dans cette ville. Deux mois plus tard, plusieurs membres de la fanfare, dont les beaux-frères d’Albert, Seymour et Elijah Tyler, s’enrôlent à Saint-Jean et se rendent à Sussex pour s’entraîner avec le 104e Bataillon. Là-bas, le lieutenant-colonel George Fowler, commandant de l’unité, refuse 19 recrues noires, affirmant qu’il « ne trouve pas juste » que des soldats blancs « se mêlent aux Noirs ».

À leur retour à Saint-Jean, des membres de la St. John Brass Band participent à la création de l’un des premiers groupes de défense des droits civiques des Noirs au Nouveau-Brunswick. Ils exigent des explications après le refus de Fowler d’accepter des volontaires noirs, s’élèvent contre le racisme dont ils sont victimes dans les commerces locaux. Albert aurait pris part à cette initiative.

La famille d’Albert avait une longue tradition de service militaire. Il se souviendra plus tard que plusieurs membres de la famille de sa mère avaient servi dans l’armée néerlandaise et évoquera une épée que son grand-père portait autrefois lorsqu’il était en service. En juillet 1916, le gouvernement canadien autorise la création du 2e Bataillon de construction. Deux mois plus tard, Albert s’enrôle dans cette unité.

Albert quitte son épouse enceinte et leurs cinq enfants pour se rendre en train à Truro, en Nouvelle-Écosse, en compagnie de ses beaux-parents et de plusieurs autres membres de son groupe de musique de Saint-Jean. Albert s’embarque outre-mer avec le 2e Bataillon de construction en mars 1917, sert avec distinction dans les montagnes du Jura, en France, aux côtés des compagnies du Corps forestier canadien, et obtient une promotion au grade de caporal à l’automne 1918. Il restera au sein de cette unité jusqu’à la fin de la guerre et sera démobilisé à Fredericton le 13 février 1919.

De retour chez lui à Saint John, Albert continue de s’impliquer au sein de la communauté locale. Fannie et lui agrandissent davantage leur famille, mais perdent trois autres enfants au fil des ans. Malgré les épreuves, Albert reste dévoué à sa famille et à sa communauté. Il se met à la construction de maquettes de bateaux, un passe-temps reflétant son attachement à la mer. Avec le soutien de Fannie, qui coud les voiles, il construit environ 300 bateaux au fil des ans, réalisant, chacun avec soin et précision. Après le décès de Fannie en 1945, Albert s’installe à Fredericton pendant quelque temps avant de déménager en Ontario pour vivre avec l’un de ses fils. Il y décède le 7 décembre 1958. Les qualités de meneur et le sens du devoir d’Albert ont laissé leur marque sur ses fils. Adolphus, William, Clyde, Donald et Gerald se sont tous enrôlés dans l’Aviation royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Les deux plus jeunes se sont aussi enrôlés dans les Forces armées après la Seconde Guerre mondiale, Robert au sein du Corps royal canadien des munitions et Malcolm au sein du Royal Canadian Regiment.

Bien qu’il soit surtout connu comme le père des « frères Carty », le parcours d’Albert, des Caraïbes au Canada, la famille qu’il a fondée ainsi que son engagement de toute une vie envers la communauté et l’artisanat représentent un héritage durable pour la famille Carty.

Autres résultats de recherche

Corporal Albert Carty (1879 – 1958): A Family of Service

Emberlee Stowe. "Albert Carty". Mixed Media. 2026.

Recensements

Le recensement est une institution qui rassemble tous les Canadiens. C’est l’un des principaux outils que par le gouvernement canadien utilise pour recenser et analyser la population à l’échelle nationale. Toutefois, les registres de recensement ne concordent pas toujours entre eux, car chaque recensement est réalisé par des personnes différentes à des moments différents, parfois en utilisant de nouvelles catégories et de nouvelles normes pour la collecte des données. Même si leur exactitude peut parfois être remise en question, ces documents offrent un aperçu de la population du pays. Il est important de garder à l’esprit qu’il s’agit de documents historiques influencés par les mentalités et les normes de l’époque.

Documents complémentaires

Les chercheurs du Toronto Ward Museum ont consulté ces documents supplémentaires afin de compléter l’histoire d‘Albert Carty. Certains documents ne concernent pas directement le soldat, mais ils permettent de mieux comprendre qui il était. Quelles autres sources d’information consulteriez-vous si vous souhaitiez en savoir plus ?

Transcription d’une entrevue avec Donald Carty, menée par Diana Braithwaite-Spence pour le compte de la Multicultural History Society of Ontario et l’Ontario Black History Society, en 1982, en anglais.