Des Antilles à la Première Guerre mondiale :

Histoires du 2e Bataillon de construction et des soldats noirs

Soldat James Peter Belfon (1891/1894) – 1965 : Un barbier à Toronto

Contributor Islington, "Carty, Robert Fenwick," 19 November 2014, Find A Grave, digital images (https://images.findagrave.com/photos/2014/323/UNCEM_1416426952220.jpg : last accessed [26 February 2026]), memorial id 139245689.
Contributor Islington, "Carty, Robert Fenwick," 19 November 2014, Find A Grave, digital images (https://images.findagrave.com/photos/2014/323/UNCEM_1416426952220.jpg : last accessed [26 February 2026]), memorial id 139245689.

Biographie

James Peter Belfon est né à la Grenade, dans les Antilles britanniques, de Peter Belfon et d’Ellen Barritae. James est arrivé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, à bord du SS Edyth le 29 juillet 1912. Alors que son dossier militaire indique qu’il est né le 24 mai 1894, il a déclaré aux agents d’immigration, à son arrivée, qu’il avait 21 ans, ce qui laisse supposer qu’il est né en 1891.

James se rendait à Sydney, en Nouvelle-Écosse, une destination populaire pour les hommes noirs originaires des Antilles britanniques en quête d’emploi. Il avait à peine 18 ans lorsqu’il est arrivé au Canada, ce qui rendait sa décision d’immigrer particulièrement audacieuse.  

Au milieu de l’année 1918, James s’était installé à Toronto, où il avait trouvé un emploi de barbier. L’année précédente, le Parlement canadien avait autorisé la conscription. Il s’agissait d’une mesure controversée, et les hommes de tous les groupes ethniques refusaient de se présenter lorsqu’on leur demandait de s’inscrire et de subir des examens médicaux.

James est parmi les « réfractaires » dont les noms figurent sur une liste. Arrêté au début de l’été 1918, il est conduit à un centre de recrutement à London, en Ontario, le 24 juillet 1918. Cinq jours plus tard, il subit un premier examen médical sommaire, qui ne révèle qu’une légère déficience visuelle (30/20).

Le 1er août, James se plaint de douleurs abdominales et de vomissements, symptômes dont il souffre « de temps à autres depuis trois ans ». Après avoir été examiné, il est admis au Centre médical de l’armée, à Londres, pour y être soigné. James doit encore s’enrôler officiellement ; il signe alors ses feuilles d’engagement le jour même, alors qu’il se trouve à l’hôpital.

Les médecins diagnostiquent rapidement un ulcère gastrique chez James et le classent dans la catégorie « E » — « inapte de façon permanente » — en ce qui concerne son aptitude au service militaire. Cela signifie qu’il ne peut pas servir au sein du Corps expéditionnaire canadien et qu’il n’a plus à craindre d’être à nouveau appelé à effectuer son service militaire.

D’après son dossier militaire, James avait d’abord été affecté au Dépôt de base du 2e Bataillon de construction, une unité ségréguée créée par les autorités locales de la milice, qui ne souhaitaient pas voir de soldats noirs dans les unités régulières. Toutefois, les soldats du dépôt de base étaient partis à l’étranger en juillet. Cette affectation semble avoir été le fruit d’une erreur administrative, car cette unité non officielle n’existait plus.

En raison de son statut de catégorie « E », James est « radié des effectifs » du 1st Depot Battalion le 13 août et transféré au Service des dossiers du registraire du Western Ontario Regiment, où son nom est ajouté à une liste de personnes inaptes au service qui doivent être démobilisées. Le lendemain, le personnel médical signale que « les vomissements de James ont cessé — aucune douleur [,] sous régime lacté. Son état s’est amélioré. »

James sort de l’hôpital le 19 août et il est mis en congé payé de la mi-août au 12 septembre, date à laquelle il est libéré de ses obligations militaires. Les autorités militaires autorisent officiellement sa libération le 11 décembre 1918.

James retourne travailler dans son salon de coiffure, situé au 4, rue McCaul, à Toronto. L’établissement déménage ensuite au 457, rue Dundas Ouest. Le 4 novembre 1918, il épouse Isabelle Butler, fille de James Butler et de Lucy Russell, de Hamilton, en Ontario. Au moment des recensements canadiens de 1921 et 1931, le couple réside au 467, rue Queen. Pour des raisons inconnues, leur mariage prend fin quelque temps après 1931.

Le 2 janvier 1939, James épouse Margaret Teresa Tynes, coiffeuse originaire de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, lors d’une cérémonie tenue à l’Afro Community Church. Ce qui semble être une relation tumultueuse prend fin un an plus tard. James épouse ensuite Constance Lenora « Connie » Giscomb, fille de Carl « Charlie » Giscomb et de Louise Reid. Charles et Louise sont originaires de Montego Bay, en Jamaïque, et ont d’abord immigré à Boston, dans le Massachusetts, avant de s’installer à New Liskeard, en Ontario, lorsque Connie était encore une jeune fille.

Dans les années 1930, Connie s’installe à Toronto, où elle rencontre James et l’épouse vers 1940. Le couple a cinq enfants : Garfield, Maxine, Ellen, John Franklin et Joseph Peter. En 1945, la famille vit sur la rue Borden. Malheureusement, Garfield meurt lors d’une fusillade avec la police le 29 novembre 1953. Les articles de presse de l’époque ne fournissent aucun détail sur les circonstances exactes de sa mort.

James Peter Belfon meurt à l’Hôpital général de Toronto le 17 décembre 1965 et est inhumé au cimetière Park Lawn, à Toronto. Sa veuve, Connie, reprend ses études dans les années 1960, obtient son diplôme « d’aide-soignante diplômée » et travaille pour l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario jusqu’à sa retraite. Constance Giscomb Belfon s’éteint à Lakeshore Lodge, à Toronto, le 18 septembre 1998 et est enterrée aux côtés de son mari.

Recensements

Le recensement est une institution qui rassemble tous les Canadiens. C’est l’un des principaux outils que par le gouvernement canadien utilise pour recenser et analyser la population à l’échelle nationale. Toutefois, les registres de recensement ne concordent pas toujours entre eux, car chaque recensement est réalisé par des personnes différentes à des moments différents, parfois en utilisant de nouvelles catégories et de nouvelles normes pour la collecte des données. Même si leur exactitude peut parfois être remise en question, ces documents offrent un aperçu de la population du pays. Il est important de garder à l’esprit qu’il s’agit de documents historiques influencés par les mentalités et les normes de l’époque.

Documents complémentaires

Les chercheurs du Toronto Ward Museum ont consulté ces documents supplémentaires afin de compléter l’histoire de James Peter Belfon. Certains documents ne concernent pas directement le soldat, mais ils permettent de mieux comprendre qui il était. Quelles autres sources d’information consulteriez-vous si vous souhaitiez en savoir plus ?