Des Antilles à la Première Guerre mondiale :
Histoires du 2e Bataillon de construction et des soldats noirs
Sergent-major de compagnie Ethelbert Lionel Cross (1890 – ?):
Pionnier de la justice, de la résistance et de la représentation dans l’histoire canadienne

Biographie
Ethelbert Lionel Cross était un avocat, un soldat, un journaliste et un défenseur qui a combattu le racisme et a défendu la justice. Né dans les Antilles britanniques et formé au Canada, Lionel est devenu le premier avocat noir à ouvrir un cabinet à Toronto et a joué un rôle de premier plan dans la résistance au Ku Klux Klan lors d’un incident terrifiant survenu en 1930 à Oakville, en Ontario.
Lionel est né à San Fernando, Trinité, de François et Eloise Cross le 29 octobre 1890. Après ses études au Naparima College, une école secondaire établie et exploitée par des missionnaires presbytériens de la Nouvelle-Écosse, il débarque à New York en octobre 1910 et obtient rapidement un poste de journaliste chez un journal local. Alors que Lionel se trouve encore aux États-Unis, son père meurt, laissant Lionel comme le seul soutien de sa mère veuve et de sa sœur cadette.
En 1915, Lionel déménage à Halifax, en Nouvelle-Écosse, où il se joint au personnel du Atlantic Advocate, le premier magazine d’information afro-canadien de la Nouvelle-Écosse. Fondée la même année, cette publication était consacrée aux intérêts des Canadiens noirs et abordait des sujets allant de la politique et de la religion au service militaire et aux droits civils.
Lionel est ensuite nommé rédacteur en chef de la publication. Un article publié dans l’édition de janvier 1917 de l’Atlantic Advocate mentionne l’enrôlement de six hommes de Hammonds Plains au sein du 2e Bataillon de construction, « résultat du recrutement d’une journée par le sergent-major Da Costa et E. L. Cross » le 2 décembre 1916.
Exactement un mois plus tard, Lionel s’enrôle dans le 2e Bataillon de construction à Halifax. Le 1er février 1917, il est promu au grade de sergent temporaire. Il s’embarqua pour le Royaume-Uni avec l’unité à bord du SS Southland le 28 mars 1917. Arrivé en Angleterre le 7 avril 1917, Lionel est promu au grade de sergent par intérim.
Le 17 mai 1917, Lionel débarque en France et se dirige vers les montagnes du Jura près de la frontière suisse avec un grand groupe d’hommes du 2e Bataillon de construction. À leur arrivée, les hommes commencent à travailler aux côtés de trois compagnies du Corps forestier canadien (CFC) pour récolter et transformer le bois des forêts de la région.
Lionel fait partie d’un groupe d’hommes de 2e Bataillon de construction rattaché au CFC du district n°1, Alençon, Normandie, fin décembre 1917. À la fin de son séjour en France, il est promu sergent-major de compagnie avec solde. Il retourne en Angleterre avec son unité à la mi-décembre 1918 et est affecté au camp Kinmel, Rhys, Pays de Galles, le 13 janvier 1919. Lionel y reste jusqu’à la mi-juin 1919, date à laquelle il rentre au Canada et est libéré du service militaire à Halifax le 27 juin 1919.
Après la guerre, il fait des études de droit à l’Université Dalhousie, à Halifax, et obtient son diplôme en 1923. Il déménage ensuite à Toronto pour fréquenter la faculté de droit Osgoode Hall Law School, et il est admis au barreau en mars 1924, devenant ainsi le premier avocat noir connu de Toronto et le quatrième de l’Ontario.
Lionel consacre sa carrière juridique à la défense des libertés civiles, à la représentation des personnes marginalisées et à la lutte contre l’injustice systémique. L’une de ses causes les plus célèbres est l’affaire R. c. Sterry (1927), le plus important procès pour blasphème au Canada, où Cross défend un homme accusé de se moquer de croyances religieuses.
La confrontation la plus dramatique de Cross avec le racisme a lieu à Oakville, en Ontario, le 28 février 1930. Cette nuit-là, 75 membres en robe blanche du Ku Klux Klan défilent dans la ville, brûlent une croix dans la rue et séparent violemment un couple interracial : Ira Junius Johnson, un ancien combattant noir de la Première Guerre mondiale, et Isabella Jones, une jeune femme blanche. Les membres du Klan enlèvent Mlle Jones et la retournent chez sa famille, puis ils kidnappent Johnson et ses proches âgés, les piégeant dans la maison d’Ira tandis qu’une autre croix brûle à l’extérieur.
L’attaque vise à terroriser le couple et empêcher leur mariage. Selon certaines informations, un policier aurait serré la main des hommes du Klan et n’aurait procédé à aucune arrestation. Ethelbert Lionel Cross s’implique dans le procès qui suit, contribuant à contester le comportement du Klan et à défendre les droits des victimes.
Cross obtient le soutien de groupes juifs et de syndicats, et galvanise l’opinion publique pour obliger les autorités d’agir. L’affaire judiciaire qui en résulte sera la première poursuite de ce genre au Canada et entraîne une condamnation.
À l’extérieur de la salle d’audience, Cross continue de s’impliquer dans le journalisme et l’organisation communautaire. Il continue d’écrire et de dénoncer l’injustice, mêlant analyse pointue et conviction morale. Il a aussi une grande passion pour le cricket, un sport ancré dans la culture caribéenne et l’histoire coloniale, qu’il avait appris durant ses études.
En janvier 1937, Lionel est radié du Barreau du Haut-Canada pour avoir détourné les fonds de l’un de ses clients. Des chercheurs récents ont spéculé que l’accusation pourrait avoir été la réponse de « l’establishment juridique » local aux nombreuses fois qu’il « n’avait respecté aucune autorité, sauf les concepts de liberté et de justice ». Au cours de ses 13 années de carrière, la plupart de ses clients étaient des personnes « en marge de la société » avec peu de moyens, laissant à se demander comment ils ont pu payer pour ses services.
Cross et Johnson représentent deux aspects de la lutte en faveur de la justice, l’une dans la salle d’audience, l’autre au sein de la communauté. Leurs vies nous rappellent que les personnalités célèbres ne sont pas les seules à influencer le cours de l’histoire et qu’il est aussi façonné par les héros du quotidien qui refusent de se taire. Ils se sont élevés contre le racisme, milité en faveur de la dignité et défendu ce qui était juste, même lorsque le système y résistait.
Les détails sur la vie d’Ethelbert Lionel Cross après sa radiation restent un mystère. Bien qu’une connaissance contemporaine ait déclaré plus tard qu’il a travaillé comme greffier pour la Ville de Toronto pendant plusieurs années, les efforts de plusieurs chercheurs pour trouver d’autres détails, y compris la date et le lieu de son décès, n’ont pas porté fruit.
Recensements
Le recensement est une institution qui rassemble tous les Canadiens. C’est l’un des principaux outils que par le gouvernement canadien utilise pour recenser et analyser la population à l’échelle nationale. Toutefois, les registres de recensement ne concordent pas toujours entre eux, car chaque recensement est réalisé par des personnes différentes à des moments différents, parfois en utilisant de nouvelles catégories et de nouvelles normes pour la collecte des données. Même si leur exactitude peut parfois être remise en question, ces documents offrent un aperçu de la population du pays. Il est important de garder à l’esprit qu’il s’agit de documents historiques influencés par les mentalités et les normes de l’époque.
Documents complémentaires
Les chercheurs du Toronto Ward Museum ont consulté ces documents supplémentaires afin de compléter l’histoire de Ethelbert Lionel Cross. Certains documents ne concernent pas directement le soldat, mais ils permettent de mieux comprendre qui il était. Quelles autres sources d’information consulteriez-vous si vous souhaitiez en savoir plus ?
Renseignez-vous davantage sur l’époque où Ethelbert Lionel Cross était le premier avocat noir de Toronto dans ce chapitre, rédigé par Susan Lewthaite et Barrington Walker, dans la revue universitaire African Canadian Legal Odyssey, publiée par la University of Toronto Press, 13 novembre 2012.

